Chose promise chose due, ce matin, j’abandonne mes adorables petites bestioles plus communément appellées téléphones portables, les photos de mon homme dedans et mes jolis bidules en forme de Manolos qui pendouillent autour contre une grosse machine à calculer sensée avoir le même usage.
Arnaque.
Il n’y a même pas de bidules de garçon. Rien. Un minimalisme déprimant. Et la chose date du siècle dernier. Je me demande même si je ne devrais pas aller voir le conservateur du musée de l’homme des fois qu’il m’en donne 200 euros pour la curiosité de l’objet. Soyons raisonnable, ce truc ne m’appartient pas. 8 heures et je le rends. Plus que 7 heures et 44 minutes.
Un graphiste, c’est un geek artiste, non ? Donc j’aurais dû hériter d’un monstre de technologie over design. Alors pourquoi tant de haine ?
La chose ne rentre pas dans ma pochette à portables. Même pas en biais. Finalement la vie est bien faite : La chose ne mérite pas ma jolie pochette Les Cakes de Bertrand de toute façon. Nan mais.
Je la lache à ses risques et périls dans la jungle de mon cabas géant, dieu seul sait si je la retrouverai un jour.
Je l’ai à peine perdue de vue dans la brousse qu’elle sonne déjà.
Je plonge ma main dans l’immensité. Le temps d’attrapper la chose la mélodie s’arrête.
Vous avez deux nouveaux messages. Pfff des sms même pas drôle.
“t là ?” de Maxou “apero au Marroniers 19h tu en es” de Raph. Bon alors… Au pif “non” et “oui”. Par sms personne ne sait que je ne suis pas lui. C’est drôle de décider des rendez-vous de quelqu’un qu’on ne connaît même pas.
Et si j’avais mal répondu ? Si la bonne réponse, c’était l’inverse ? Oh mon dieu peut être ai-je changé le cours de son destin en acceptant un rendez-vous avec son ex ? Ou en disant non à son patron. Non qui appelle son patron maxou ?
Vous avez 3 nouveaux messages. “Ben t où alors ?” de Maxou. “je suis en retard” de Coco, “J’ai trop la dalle” de Pat. Bon j’arrête de répondre, suis pas sa secrétaire non plus hein.
Re bip. Trois fois de suite. Encore 3 sms que je n’ai même pas le courage de lire. Mais comment fait il ? Il ne travaille donc jamais ??
Je déjeune tranquillement avec une attachée de presse quand la chose se manifeste à nouveau. Sonnerie longue et honteuse. Pas un sms cette fois. J’ai envie de me cacher sous la table. Je fais comme si ce n’était pas mon téléphone. D’ailleurs ce n’est pas mon téléphone. Sauf quand le serveur me dit “Mademoiselle pourriez vous éteindre votre portable s’il vous plait”. Honte suprême je sors la chose. L’attachée de presse sort, elle, son plus beau regard de mépris. Adieu le voyage de presse aux Maldives pour tester cette nouvelle crème anti-rides. Je ne suis pas digne de partir avec elle.
Plus que 2heures et 33 minutes
Rentrée chez moi la chose fait des soubressauts. Oh mon dieu ais-je cassé son portable ? La chose est-elle malade ? Vexée de son surnom ? C’est mignon la chose pourtant… Heeeelllp dans une heure je dois lui rendre et il a rendu l’âme !!!
Massage cardiaque, retournement de puce, bidouillage de clavier, rien à faire, la chose est morte.
A l’heure du rendez-vous, j’arrive piteuse. Je lui tends la chose entourée de papier de soie noire, un joli emballage, mon hommage à cette chose certes vilaine mais gentille quand même.
- Mais pourquoi tu l’as mis dans du papier de soie ?
- Elle est morte
- Qui ?
- La chose
- ???
- Enfin ton portable
Soubressaut d’angoisse. Va-t-il me rendre mes petites choses ? Va-t-il les prendre en otage en guise de représailles ? J’allais le supplier, implorer sa bonté quand il me répond soulagé : Mais non, c’est la batterie, il ne tient pas longtemps
Soulagée je récupère mes petites choses traumatisée d’avoir été séparées si longtemps de leur pochette, promis, on ne recommencera pas, et là comme d’un commun accord vengeur, ils s’éteignent.